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Portrait : une ex-expatriée témoigne

Publié le jeudi 19 décembre 2019

Mélanie Poulain-Jamilloux travaille aujourd’hui à Rennes. Mais avant ça, elle a bourlingué aux quatre coins de la planète, de l’Amérique du Sud à la Chine, pour ses études puis pour le travail.

Mélanie, combien de langues parlez-vous ?

Disons que je suis bilingue (Français et Espagnol, olé !) et que je parle aussi Anglais et parlo un po‘ di Italiano. J’ai essayé de me mettre au Chinois avant de partir là-bas, et j’avais des cours intensifs une fois sur place, mais comme mon entourage parlait Anglais, je n’ai pas réussi à m’y mettre vraiment.

Vous avez travaillé dans le commerce équitable. Que retenez-vous de cette expérience ?

Je suis partie au total plus de deux ans entre la Bolivie, le Pérou et l’Equateur pour travailler dans le commerce équitable avec des producteurs de cacao, café, banane, laine d’alpaca, quinoa, etc.. Lorsque l’on boit un café ou que l’on mange un carré de chocolat, on ne voit pas ce qui se cache derrière, à quoi ressemble le fruit ou l’arbre dont sont issus ces produits, comment ils sont transformés, qui permet que l’on importe ces produits de notre quotidien... On rigole parfois devant des publicités où les enfants ne savent pas distinguer une courgette d’un concombre ! Là c’était pareil pour moi. Après 24 ans à manger du chocolat sous forme de tablettes, je découvrais enfin les cabosses jaunes ou rouges et leurs baies blanchâtres et gluantes au goût acide; mais surtout tout ce qui se cachait derrière : des familles soudées, des agriculteurs attachés à leurs terres, des arbres qui prennent leur temps pour donner des fruits, des routes sinueuses où passaient des camions chargés de cabosses. Le discours commun, que se soit en Equateur, au Pérou ou en Bolivie, ça a été “quand vous rentrerez chez vous, dites aux Européens d’acheter des produits issus du commerce équitable, ça nous permet de vivre, nous, nos familles, et de protéger nos terres”. Et ça sonnait comme un cri d’alarme face au commerce international conventionnel et libéralisé.

Chine, Espagne, Argentine, Equateur, Pérou : quel est votre meilleur souvenir ?

Mes meilleurs souvenirs sont sans aucun doute les choses qui n’étaient pas prévues : se retrouver à dormir dehors sous un abri-bus dans les montagnes en Argentine, les pieds et les mains dans des sacs plastiques, se retrouver de nuit dans un hangar servant d'entrepôt de bus à Lima (Pérou) les colectivos (mini-bus) n’annoncent pas les arrêts et que je n'avais pas compris qu'il fallait descendre ; faire une allergie à une crème solaire pendant une balade à cheval à Cusco et guider une amie qui ne connait pas la ville pour qu’elle reconnaisse l’arrêt de bus car je ne peux plus ouvrir les yeux…

Les pérégrinations d’une Française en Chine

Vous ne manquez pas d’anecdotes !

Non ça c’est sûr ! Et j’en ai une autre : en 2011, à Hong Kong, je me suis retrouvée bloquée à la frontière chinoise pendant trois semaines, pour un souci de relations internationales entre la France et la Chine à ce moment là. Invitation de l’université en poche, passeport, argent sur mon compte, vaccins… rien n’y faisait, le temps passait et les cours à l’université avaient déjà commencé. De retour à Hong Kong, après deux semaines de vacances « forcées » en Thaïlande, on m’apprend que pour obtenir un visa, je vais devoir faire croire que je ne viens pas étudier, mais que je suis une touriste. Il m’a donc fallu réserver des hôtels et des excursions et imprimer des preuves de ce voyage fictif pour obtenir un visa valable 7 jours ! 7 jours pendant lesquels j’ai eu le  droit d’entrer sur le territoire, trouver un appartement, faire des tests médicaux (radios des poumons, prise de sang, tests auditifs et j’en passe), aller au commissariat me déclarer et enfin obtenir un visa pour suivre mes cours à l’Université de Xiamen. Il fallait tenir bon !

Qu’est-ce que vous ont appris ces différentes expériences ?

J’ai appris à être heureuse de ce que j’ai, de ce que je vis et de ce que je construis, mais aussi à ouvrir les yeux des personnes qui m'entourent. Ce qui m’a frappé en rentrant en France, ça a été de voir des personnes qui se plaignent constamment de tout. Le Français est râleur et c’est un fait ! Lorsque l’on voit dans les montagnes péruviennes des enfants jouer avec des cailloux et s’en amuser, des personnes manger des plats uniquement à base de pomme de terre et s’en régaler, des habitations sans eau potable ni électricité mais où les habitants nous offrent des sourires et de doux moments, cela apprend à relativiser et à valoriser la simplicité de ce que l’on a. Et si simplement nous regardions le bon côté des choses ?

…Et laquelle vous a le plus marqué ?

Je dirais mon voyage en Chine. Le choc culturel est bien plus important que dans les autres pays. On y crache, on se pousse, et nous ne sommes pas libres de dire ce que l’on peut penser, ni d’accéder aux sites internet que l’on a l’habitude de fréquenter. La critique n’est pas possible, il faut aller dans le droit chemin et tous ensemble.

Pourquoi avez-vous décidé de vous installer en France ?

J’ai décidé de rentrer en France parce que… je manquais de liberté ! C’est assez contradictoire parce que je vivais de ma passion, voyageais beaucoup et vivais très bien l’éloignement avec la France ; mais vivre à Lima pour une Européenne n’était pas si facile. Entre kidnapping, armes blanches et drogue, les dangers étaient présents et la tension se faisait sentir dans la ville. Des proches se sont fait agresser à plusieurs reprises. Pour un simple vol d’argent on pouvait se retrouver avec un révolver sur la tempe… J’ai eu de la chance de passer entre les gouttes !

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